Henri Sauvage
Hygiéniste, théoricien de l'habitat populaire, inventeur de la construction à gradins. Il s'associe à Frantz Jourdain dès 1925 pour étendre la Samaritaine côté Seine, dans une grammaire résolument Art Déco.
- Naissance
- Rouen, 1873
- Mort
- Paris, 1932
- Brevet
- Immeuble à gradins (1912)
- Samaritaine
- Façade Seine (1926-1928), Magasin n°3 (1932)
En bref
- Sauvage apporte à la Samaritaine une grammaire Art Déco plus géométrique.
- Son travail côté Seine complète l'Art Nouveau de Jourdain au lieu de l'effacer.
- Ses recherches sur les gradins relient esthétique, lumière et hygiène urbaine.
Un architecte du social
Né à Rouen en 1873, Henri Sauvage se forme à l'École des Beaux-Arts, mais son intérêt se porte rapidement sur des problèmes que l'Art Nouveau de l'élite ignore : le logement populaire, l'hygiène, l'ensoleillement. Il fait partie des architectes qui pensent l'habitat comme un instrument de santé publique, dans le sillage des courants hygiénistes de la fin du XIXᵉ siècle.
L'invention des gradins
En 1912, il dépose un brevet majeur : l'immeuble à gradins. Le principe est simple mais radical : chaque étage est en retrait par rapport au précédent, ce qui dégage des terrasses individuelles, multiplie l'ensoleillement et l'aération, et améliore les conditions sanitaires. Le procédé est mis en œuvre dans ses HBM (Habitations à Bon Marché) parisiennes, notamment l'iconique immeuble rue Vavin (1912) carrelé de céramique blanche.
L'extension de la Samaritaine
En 1925, Frantz Jourdain — alors âgé de 78 ans — s'associe à Sauvage pour étendre la Samaritaine vers la Seine. Le bloc situé au sud du bâtiment de 1910 est intégré, et une nouvelle façade est construite face au fleuve.
La grammaire change radicalement : nous sommes désormais en pleine époque Art Déco. L'exposition internationale de 1925 a fixé un nouveau canon — géométrie tendue, motifs stylisés, matériaux nobles, sobriété calculée. La façade Seine de Sauvage exhibe :
- des étages en léger gradin, avec balcons filants
- une géométrie verticale rigoureuse en pierre de taille
- des ferronneries Art Déco aux motifs en éventail
- un sommet en attique caractéristique de la période
Un dialogue, pas une rupture
Le geste fort de Sauvage est de préserver l'Art Nouveau de Jourdainplutôt que de l'effacer. L'extension Art Déco cohabite avec le manifeste de 1907, chaque langage gardant son intégrité. C'est ce qui fait aujourd'hui la richesse de la Samaritaine — non pas un édifice mais un palimpseste, où l'on peut lire en temps réel l'évolution stylistique du premier tiers du XXᵉ siècle.
En 1932, l'année de sa mort, Sauvage achève le Magasin n°3 avec une ornementation géométrique encore plus sobre. Trois ans plus tard, Jourdain s'éteindra à son tour, mettant un point final à la fabrique architecturale de la Samaritaine — jusqu'à l'irruption de SANAA, quatre-vingts ans plus tard.
Sources & références
- Wikipedia (EN) — Henri Sauvage
- Paris Promeneurs — La reconversion de la Samaritaine
- Cité de l'architecture & du patrimoine — La Samaritaine
- AMC — Le Moniteur Architecture — La Samaritaine, un palimpseste urbain
- Franceinfo Culture — La Samaritaine minutieusement restaurée dévoile ses joyaux Art Nouveau et Art Déco